Le film de mariage, c'était aussi un peu pour m'entraîner au montage, apprivoiser la machine, retrouver le rythme. J'y ai fait à peu près tout à l'envers. Et j'ai mis 5 mois pour en finir.

Et puis j'ai demandé des conseils à des utilisateurs avisés, et puis j'ai découvert le fichier "manuel d'utilisation" de Final Cut Express ... et tout ça, plus les tâtonnement du début, ont rendu les choses beaucoup plus claires. Trouver la méthode, comprendre la logique de la machine, il semble que ce soit ça l'essentiel.

Il y aura donc bientôt près de 7 heures de film dans la machine. 7h que l'ordinateur redécoupe gentilement en plans, en fonction des débuts et fins d'enregistrement par la caméra. Ensuite, il faut renommer chaque plan et le classer dans le sous-chutier du sous-chutier du sous-chutier du chutier (clairement nommés), en précisant tout un tas de choses qui me permettront de retrouver LE bon plan parmis les futurs 1000 et quelques plans... C'est long, c'est fatiguant, c'est même assez ennuyeux parfois, mais c'est comme ça que se reconstitue doucement la colonne vertébrale du film.

6 mois après le tournage, je revois parfois les images pour la première fois. L'impression d'y être à nouveau. Au bord du fjord, face au géant endormi de tout son long et à la bonne montagne ronde. Les trolls rocheux toujours aussi trolls, la mousse toujours plus verte et plus gonflée. Les yeux incroyables des arbres rouges. Les creux mystérieux sous les souches et les rochers.

Revoir les images, c'est réimaginer le film, retrouver sa légitimité. C'est rassurant. Et c'est stressant parce qu'il va finalement falloir reconstruire tout ça dans le concret de la vidéo, du montage virtuel. Retrouver les rythmes, les sons, la cadance. Le rythme syncopé et la contemplation. Alterner correctement. Allier la musique, les sons, les paroles. Redonner vie à la réalité de ce moment où tout est arrivé, où je marchais seule sous la pluie sur ce long chemin, où j'ai compris les trolls, le vent, les fjords et la joie d'être là.

La hâte du mouvement, de l'avancée sur le chemin, ce sera la guimbarde et le mukkuri, guimbarde japonaise en bambou. Ce sont des instruments fascinants. Chaque jour en sort un nouveau son, un nouvel éclat, un nouveau rythme. A moi de saisir les notes et les formes qui siéront au chemin et à la cavalcade.