En gros plan, le coquelicot expose toute la fragilité de ses pétales. Soumise au vent, la tête s'incline doucement vers le spectateur, puis se redresse. Autour, de petites fleurs jaunes et des brins d'herbes accompagnent ses mouvements. En plan plus large, les coquelicots sont toujours entourés du même type de végétaux. L'ensemble est bercé par le vent. La finesse des pétales de coquelicots les rend particulièrement sensibles aux mouvements de l'air.

Exposées au même vent, les tiges de bambou, en gros plan, forment une masse de petites feuilles pointues et agitées. Le ciel bleu apparaît en haut de l'image et sert de décor au fourmillement des feuilles. En plan plus large, seules les grandes tiges de bambou apparaissent à travers le ciel, se débattant avec le vent. Projetées sur les voiles-écrans, ces images renvoient directement aux tiges de bambou qui les soutiennent, légères et fermes à la fois. Les différents éléments, fleurs et bambou, s'élèvent vers le ciel, se dressent vers le soleil, comme un défi à la gravité. Sous les coups du vent, ils fléchissent mais ne cèdent pas. Les ombres, elles, avancent sur les chemins, comme des spectres glissant sur le sol. Un soleil couchant, au milieu de branchages, marque la fin de la balade et le début d'une autre.

La construction des deux films projetés face à face trace deux parcours paisibles à travers la nature. Ces images, qui se croisent sur les deux voiles parallèles, se mêlent et montrent leur capacité à fondre l'une dans l'autre. En résultent des images hybrides, incluant des fleurs dans la mer ou une ombre dans une autre ombre. Elles sont comme des révélations l'une pour l'autre, une image surgissant des tréfonds de l'autre.

La volontaire légèreté de ces images projetées, de leurs supports translucides, crée un espace doux, en apparence, pour le spectateur. Mais derrière cela se déroule une bataille sans concession entre les deux projecteurs, prenant le spectateur pour témoin de leur puissance lumineuse. Les projecteurs Super 8 sont canons à lumière, et l'image devient projectile permanent. A demi protégé par le cocon perméable, le flâneur sort presque indemne de cette aventure.

Cette bataille entre les projecteurs renvoie à l'allusion au loup, dans le titre : Promenons-nous…, qui sous-entend « dans les bois pendant que le loup n'y est pas ». La pellicule Super 8 projetée vers l'avant et le semblant d'agression lumineuse des projecteurs représentent la menace du loup autour du bois que sont les deux voiles organiques (grâce aux images qui y sont projetées) et leurs supports en bambou. Mais le titre étant une comptine, tout cela prend un tour enfantin et la bataille devient jeu : aidée par les images de fleurs et de nature projetées, la bataille devient douce. C'est une bataille d'images et de lumière, de fleurs et d'ombres.

ML