A propos de Promenons-nous...
Par Mathilde Leroy le mercredi 12 septembre 2007, 12:22 - Installations - Lien permanent
Réalisée dans le cadre de ma maîtrise de cinéma, l'installation-cinéma
Promenons-nous…, exposé dans la Rotonde de l'Université de Picardie
Jules Verne du 16 au 24 mars 2006, s'inscrit dans une recherche sur le
« cinéma exposé » et sur la place du spectateur-visiteur (ou
« flâneur ») dans l'installation. Elle renvoie aussi à la question de la
légèreté, de la fragilité et du cocon.
En gros plan, le coquelicot expose toute la fragilité de ses pétales.
Soumise au vent, la tête s'incline doucement vers le spectateur, puis se
redresse. Autour, de petites fleurs jaunes et des brins d'herbes accompagnent
ses mouvements. En plan plus large, les coquelicots sont toujours entourés du
même type de végétaux. L'ensemble est bercé par le vent. La finesse des pétales
de coquelicots les rend particulièrement sensibles aux mouvements de
l'air.
Exposées au même vent, les tiges de bambou, en gros plan, forment une masse
de petites feuilles pointues et agitées. Le ciel bleu apparaît en haut de
l'image et sert de décor au fourmillement des feuilles. En plan plus large,
seules les grandes tiges de bambou apparaissent à travers le ciel, se débattant
avec le vent. Projetées sur les voiles-écrans, ces images renvoient directement
aux tiges de bambou qui les soutiennent, légères et fermes à la fois. Les
différents éléments, fleurs et bambou, s'élèvent vers le ciel, se dressent vers
le soleil, comme un défi à la gravité. Sous les coups du vent, ils fléchissent
mais ne cèdent pas. Les ombres, elles, avancent sur les chemins, comme des
spectres glissant sur le sol. Un soleil couchant, au milieu de branchages,
marque la fin de la balade et le début d'une autre.
La construction des deux films projetés face à face trace deux parcours
paisibles à travers la nature. Ces images, qui se croisent sur les deux voiles
parallèles, se mêlent et montrent leur capacité à fondre l'une dans l'autre. En
résultent des images hybrides, incluant des fleurs dans la mer ou une ombre
dans une autre ombre. Elles sont comme des révélations l'une pour l'autre, une
image surgissant des tréfonds de l'autre.
La volontaire légèreté de ces images projetées, de leurs supports
translucides, crée un espace doux, en apparence, pour le spectateur. Mais
derrière cela se déroule une bataille sans concession entre les deux
projecteurs, prenant le spectateur pour témoin de leur puissance lumineuse. Les
projecteurs Super 8 sont canons à lumière, et l'image devient projectile
permanent. A demi protégé par le cocon perméable, le flâneur sort presque
indemne de cette aventure.
Cette bataille entre les projecteurs renvoie à l'allusion au loup, dans le
titre : Promenons-nous…, qui sous-entend « dans les bois pendant que
le loup n'y est pas ». La pellicule Super 8 projetée vers l'avant et le
semblant d'agression lumineuse des projecteurs représentent la menace du loup
autour du bois que sont les deux voiles organiques (grâce aux images qui y sont
projetées) et leurs supports en bambou. Mais le titre étant une comptine, tout
cela prend un tour enfantin et la bataille devient jeu : aidée par les
images de fleurs et de nature projetées, la bataille devient douce. C'est une
bataille d'images et de lumière, de fleurs et d'ombres.
ML
