En 2000, un voyage universitaire au Burkina Faso me fait arpenter d’autres pistes, plus sèches, plus rouges. Au retour, un regard changé. La même année, un peu plus tard, la Beauté en Avignon, exposition d’art contemporain qui marque le changement de millénaire et me fait découvrir de plus près les installations. Dans la foulée, je monte le projet d’installation Ici s’élèvent les âmes avec l’aide de deux amies. Nous obtenons une bourse Défi-Jeunes. L’installation est présentée dans l’église de Pœuilly lors des Journées Européennes du Patrimoine en 2001 et 2002. Environnement blanc, citations suspendues sur un escabeau, éveil des sens… et diapositives de nuages projetées sur un voile transparent suspendu dans l’église. L’image, captée par le voile, se prolonge jusqu’au mur couvert de tissu blanc. Les formes colorées des vitraux se projettent sur la moquette blanche et se déplacent au gré du jour.

En 2003, Maîtrise d’Etudes cinématographiques et audiovisuelles. Mes recherches se portent sur le « cinéma exposé » : l’utilisation du matériau cinématographique dans les installations d’art contemporain. Questionnements sur le dispositif cinématographique. Détournement, exploration des possibles. Parallèlement au mémoire, une installation-film voit le jour : Promenons-nous… Quelques thèmes émergent : la dualité force/fragilité, la légèreté, le cheminement… J’approfondis l’idée de projeter des images sur des voiles transparents. Deux projecteurs Super8, face à face, s’envoient leurs images en boucle, captées par deux voiles transparents. Les images se mêlent sur les tissus. Seule l’ombre du spectateur-visiteur aide à les séparer.

Une fois la maîtrise obtenue, je pars faire un Service Volontaire Européen en Norvège pendant 8 mois. Besoin de changer de décors et d’avoir un peu d’expérience pratique. Volontaire à la maison des jeunes et de la culture de Bergen, je m’occupe du ciné-club des jeunes et d’ateliers artistiques, je travaille au café. A côté : voyages, rencontres. Une curiosité accrue. Fascinée par la roche, les fjords, l’herbe gorgée d’eau.

En septembre 2004, j’entre en Master II Cultures et Patrimoines, à Amiens. En fin d’année, un stage. La Norvège encore. Un projet de centre de design à Dale i Sunnfjord, village au creux d’un fjord. Je développe le projet culturel de la future structure. Pour aller rendre visite à des amis dans le village voisin, j’emprunte un chemin de traverse, le long du fjord, dans la montagne, sous la pluie. 2h30 de marche. J’y fais la connaissance des trolls. Une expérience marquante qui pose la première pierre d’une « mythologie personnelle » en construction et donne naissance au film-poème Les montagnes ne sont pas des montagnes, tourné en 2006 sur ce même chemin. Le poète Ivar Orvedal prête sa voix, son souffle et ses poèmes aux trolls et géants endormis. Le film est projeté pour la première fois en juillet 2007 lors du festival organisé par ce poète. Il l’est ensuite à Dale et à Bergen, puis en France. Il est notamment diffusé sur la chaîne locale Canal Nord.

En janvier 2008, je me professionnalise et prends le statut d’artiste plasticienne. Je crée l’installation vidéo-Super8-son Envisageons la terre/Ilselied en réponse à l’appel à projets du Conseil régional de Picardie dans le cadre de l’année Pierre Garnier.

Au long de ces dernières années, j’ai aussi développé un travail photographique qui s’articule autour du minéral et du végétal, autour de rencontres singulières faites au hasard de promenades et autres déambulations, ici et en Norvège. Ces rencontres, et leur « captation », contribuent petit à petit à la construction de ma mythologie personnelle.

Pour ce qui ne se photographie pas, je dessine… Encre noire sur papier blanc, les traits viennent spontanément, comme pour donner forme à une émotion, une sensation, un souvenir…Dessiner est un voyage : au commencement, je ne sais rien – un sentiment peut-être, une émotion, un geste – et le dessin apparaît, petit à petit, avec le temps et le mouvement.